RETOUR RELIGION
JANSEN Cornelius et le jansénisme (1585 – 6 mai 1638)
Cathédrale Saint-Martin d’Ypres (Belgique)
Le père du jansénisme.
 
Un petit rappel...
Tout avait commencé aux origines même du christianisme.
Pélage (v. 350 - v. 420), moine ascète breton habile et brillant, s’était fait le héraut d’une religion peu contraignante, ouverte à la liberté, ignorant la culpabilité du pêché originel et présentant la loi naturelle comme suffisante pour conduire au salut sans le concours du Christ.
Bien que déclarée hérétique et sanctionnée, entre autres, par saint Augustin,  l’idée ne mourut pas.
Frontispice de l’Augustinus (1640)
http://willibrord.okkn.nl/pagina/140/pelgrimage_port-royal_2012,_dag_
24 octobre 2014
Emplacement de la sépulture de Cornelius Jansen
http://willibrord.okkn.nl/pagina/140/pelgrimage_port-royal_2012,_dag_
Epitaphe de Cornélius Jansen traduite du latin
Ce manuscrit était l’aboutissement de débats sur la grâce remontant à plusieurs dizaines d’années que Cornelius mena à bien malgré ses lourdes charges qui lui incombaient en tant que professeur royal d’Ecriture sainte à l’université de Louvain puis comme évêque d’Ypres.
De retour à Louvain (1617), tout en continuant sur le terrain à combattre les jésuites, il termina son ouvrage juste avant que la peste, qui ravageait les Pays-Bas, ne l’emportât. Son manuscrit, publié en 1640, deux ans après sa mort, fit des émules de premier ordre et donna son nom au mouvement.
Ce gros traité voulait restituer dans son intégrité la pensée de saint Augustin car Jansénius, dans la lignée du saint, posait comme vérité absolue et donc indiscutable : la corruption foncière de l’homme, créature irrésistiblement attirée par le mal, conséquence du pêché originel, homme qui ne peut être sauvé que par la toute-puissante grâce divine.
C’est ce qu’on appelle la thèse dite « des deux délectations », concupiscence et amour, pivot de la doctrine janséniste.
 
Les thèses de Jansénius connurent un rapide succès surtout en France où, à différents degrés, elles se diffusèrent dans toutes les classes sociales. C’est là précisément que le bât blessa au point de conduire Louis XIV à la volonté d’éradiquer définitivement cette pensée qui se révélait subversive et dangereuse, ce en quoi il n'avait pas tort car, fort du bien-fondé de ses certitudes, le mouvement dépassa, et de loin, le cadre d'une volonté de réforme religieuse.
 

Pourquoi ?
 
Par la crise de la Réforme au 16ème siècle, l'Eglise avait perdu une bonne partie de ses fidèles et angoissait à  l'idée que le reste puisse  lui être arraché à une époque où on avait tendance à la considérer comme une réalité sociologique, bâtie sur le modèle des monarchies d'alors, avec le pape à sa tête.
Pour comprendre les passions soulevées par le jansénisme et ses controverses, il faut avoir conscience que la crise qu'elle souleva fut essentielle pour la  formation de l'homme moderne. Relevant à  la fois de la théologie et de la recherche d'un style de vie chrétienne, ce fut, après le protestantisme, la découverte de rapports de Dieu et de l'homme dont vont sortir deux des valeurs maîtresses de l'esprit moderne : la raison et l'individu.
 
Autant le discours de Jansénius était celui d’un intellectuel universitaire, autant celui de Saint-Cyran était tourné vers la pratique et la direction des âmes. A eux deux, ils répondaient à de nombreuses aspirations générant une très large écoute dont celle de gens de réflexion, tel  Blaise Pascal avec ses Provinciales, mais aussi de la bourgeoisie de l’époque, celle cultivée qui, à l’encontre du profit vulgaire,  trouvait sa reconnaissance traditionnelle dans les milieux de robe : la magistrature c’est à dire les parlementaires, dont on retrouvera la cause janséniste dans leur révolte sous Louis XV, et les défenseurs du gallicanisme, courant dont le jansénisme était allié,  face à Rome..
Ce bourgeois là avait grandi à côté du cadre féodal et y avait gagné une indépendance, un individualisme de pensée qui l’avait déjà poussé à s’opposer au régime et qu’il retrouvait dans l’œuvre de Jansénius. De religieux, le discours était  aussi devenu politique attirant d'anciens frondeurs après l'échec de leur révolte.
De religieux, le discours était devenu politique.
 
A une époque marquée par la révocation de l’Edit de Nantes (1685), toute forme de contestation politique et religieuse était irrecevable face à l’absolutisme royal qui, poussé par les jésuites,  considéra les jansénistes comme  rebelles au pouvoir.
 
Au bout du compte, une fois balayé, après une trentaine d’années,  l’accord, dit « La paix de l’Eglise » ou « Paix clémentine », entre le Saint-Siège et les jansénistes (1669) pour éviter un schisme, en 1708, le pape ordonna la suppression de  l’abbaye de Port-Royal-des-Champs, fief des jansénistes, qui fut rasée en 1713.
 
De condamnations de textes et du jansénisme, notamment la fameuse bulle Unigenitus contre une grande partie des propositions  extraites des Réflexions morales de Pasquier Quesnel, en résistances de toutes sortes, l’influence du jansénisme, dans sa connotation gallicane, se retrouva dans l’établissement de la Constitution civile du clergé, menée, entre autres, par le père Grégoire.
A la signature du Concordat (1801), la grande majorité des jansénistes intégrèrent l’Eglise de France. Puis, au fil du 19ème siècle,  le jansénisme disparut peu à peu des préoccupations théologiques jusqu’à simplement qualifier une manière d'être, synonyme d'austérité et de rigueur alloué à certains politiques ou intellectuels représentant une rigueur morale et un attachement aux principes gallicans.
 
Et Cornelius Jansen ?
Lui qui n’avait pas été dépourvu d’ambitions politiques dans un contexte où il rêvait de Pays-Bas espagnols capables  de secouer le joug espagnol pour devenir  une république catholique indépendante sur le modèle des Provinces-Unies protestantes, qu’aurait-il pensé des conséquences de l’appropriation de son dessein ?
Depuis bien longtemps, il reposait dans le chœur de la cathédrale d’Ypres auprès  de ses prédécesseurs.  Un tombeau lui fut érigé avec une longue épitaphe qui disparurent sous la pression de ses ennemis.  Il ne reste que l'emplacement de sa tombe, marqué par  un simple dallage au sol gravé de sa date de décès. L'accès en est de nos jours protégé, avec des œuvres d’art, par une vitre de sécurité.
Elle se contenta de sommeiller pour resurgir au 15ème siècle, non pas cette fois comme une idée théologique, mais comme une philosophie et une morale. C’était l’humanisme qui ne se bornait pas à des effets littéraires et artistiques : à la place des saints ou des martyrs on substituait des sages ! Erasme, digne représentant de ce mouvement, n’implorait-il pas : « Saint Socrate, priez pour nous ! ».
 
Tant que cette idée demeurait une occupation intellectuelle pour érudits, elle ne gênait pas v raiment. Mais, lorsqu’en pleine réforme catholique, l’un des plus célèbres jésuites espagnols, Luis de Molina (1535-1600), montra, en 1588, dans son livre La Concorde du libre-arbitre avec les dons de la grâce, que la grâce divine coexistait sans problème avec la liberté de l’homme, les choses prirent un tournant plus grave. Au regard de certains, il était hors de question que la morale de « l’honnête homme » puisse se substituer à celle d’un saint ! La propagation d’une telle idéologie ne pouvait pas continuer. La réaction contre cette notion de liberté humaine pour faire le bien et obtenir le salut fut le jansénisme hostile aux jésuites et envers le pouvoir trop puissant du Saint-Siège.  
 
Prêtre d’origine hollandaise, Cornelius Jansen entra au Collège du Faucon de l’Université de Louvain (1602), alors en proie à une controverse passionnée entre le parti jésuite et les disciples de Michael Baius, qui ne juraient que par saint Augustin. Jansen s'attacha fortement à ce dernier parti jusqu’à devenir un partisan intégral de l’augustinisme.  Grand ami d'un de ses condisciples, Jean du Vergier de Hauranne, futur abbé de Saint-Cyran,  il s’installa avec lui lorsqu’il vint  en France (1609). Détestant les jésuites, les deux hommes travaillèrent  à l'Écriture et les Pères. Rappelé à Louvain, c'est alors qu'il envisagea de consacrer sa vie à exposer et à défendre la doctrine augustinienne de la grâce qu'il posa dans son Augustinus, l'oeuvre de sa vie.
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par Marie-Christine Pénin
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